Retour / Séminaire informatique / Documents et information / Le lièvre de mer

Le lièvre de mer est un gastéropode marin sans coquille. Il a à la place de la coquille deux nageoires. L'article de Donald Kennedy, Small Systems of Nerve Cells, paru dans Scientific American en mai 1967, note que cet animal évolue dans un fluide et affiche donc une mobilité exceptionnelle pour un escargot. L'article donne le diagramme complet du système nerveux de l'animal, composé de 8 ganglions et 19 nerfs : 


L'article montre ensuite le détail d'une paire de ganglions où on distingue 10 neurones. En extrapolant grossièrement ces données, j'estime que le système nerveux du lièvre de mer comprendrait une centaine de cellules environ. Cette estimation n'engage certes que moi mais elle est raisonnable :

5 neurones/ganglion x 8 ganglions = 40 cellules

Le nombre exact importe peu. Le cerveau humain comprend 10^12 (1 000 000 000 000 ou mille milliards) cellules nerveuses et on se réjouit de la relative simplicité du lièvre de mer. Je suis stupéfait de découvrir qu'une centaine de neurones suffit pour apprendre à nager. Mais cette stupéfaction est convenue. C'est celle de l'ingénieur qui "démontre" que le bourdon ne peut pas voler parce qu'il est "trop lourd".

Il faut considérer que 100 neurones entrent dans un système combinatoire où chaque cellule du réseau nerveux peut être liée à toute autre, liée elle aussi de façon indépendante. Il est même possible que toutes soient liées à toutes. La complexité du sytème se décrirait alors à l'aide d'un tableau à 2 entrées de 100 x 100 qui ne représente qu'un misérable nombre de 100^2=10 000 (dix mille) connexions possibles.

Mais ce nombre n'exprime encore que l'existence de liens inter-neuronaux. Il faut considérer le placement précis de chaque connexion le long de plusieurs dipoles si on veut exprimer la variété possible des circuits ainsi formés. Il faut considérer toutes les relations spatiales entre les neurones. Si on voulait développer un modèle plausible, il faudrait que chaque neurone soit représenté par un axe indépendant de tous les autres. Par analogie avec les repères de l'espace, l'axe, c'est une dimension. On atteint alors un espace à 100 dimensions qui dépasse la capacité de calcul de la plupart des programmes d'ordinateur que vous possédez. Conjecture fantaisiste et indémontrable mais qui donne peut-être une idée de ce que représente la complexité d'un espace à 100 dimensions : la limite supérieure pour le nombre de connexions possibles chez le lièvre de mer serait de :

1 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 00

Ce nombre 100^100, est sans commune mesure même avec 100^12, le nombre de neurones dans le système humain - qui, par un raisonnement similaire, s'associerait un nombre encore plus incalculable de connexions possibles !


Je dois avouer que j'ai choisi le lievre de mer pour illustrer la qualité indénombrable des liens différents possibles entre un nombre assez faible d'objets parce que l'animal me plaît. Le choix n'est pas tout à fait arbitraire cependant.

Il ne s'agit pas simplement de montrer une formule possible pour calculer un très grand nombre à partir d'un très petit nombre. Il s'agit de montrer comment un tel calcul peut se suggérer à la vue de l'anatomie d'un être réel relativement simple. Une combinatoire similaire se présenterait aussi pour :

  • le réseau de routes reliant 100 villes
  • les recettes de cuisine possibles avec 100 ingrédients,
  • le tissu social formé par 100 individus ou
  • le réseau formé par 100 sites web.

Ces situations ont un trait commun : elles sont réfractaires à l'analyse. J'ai voulu indiquer cela en parlant de nombres incalculables. Il serait donc vain de vouloir gérer tous les liens d'un réseau de sites même petit. [ Celui qui se proposerait de contrôler le web se heurterait au même problème ! ]


...un petit nombre de choses peut présenter un grand nombre de rapports...


La mise en réseau de sites

C'est ce qu'on appelle le webring. C'est un cercle thématique dans le web. Au simple lien issu de chaque site adhérant au cercle vers un site désigné central correspond un simple lien du site central vers chaque site préiphérique. Cette conception relativement simple est aisée à mettre en place.

Le lien venant de la périphérie peut avoir pour cible un tableau synoptique des thèmes, c'est à dire un endroit spécifique du site central. Heureusement, la gestion de ce site est facile parce qu'on n'y gère qu'un nombre de listes égal au nombre de thèmes. Le nombre d'items au total, toutes listes confondues est, à un ordre de grandeur près, égal au nombre de sites dans le réseau. On n'entre pas dans les très grands nombres et une seule page suffit pour le tableau synoptique central.

En réalité, on entre, comme le lièvre de mer, de plein pied dans un nombre incalculable de connexions si des liens s'en vont dans tous les sens de chaque site vers tous les autres sites du même cercle. Et c'est généralement le cas ! On souhaite même que ce soit toujours le cas ! Mais, heureusement ceci n'entraine aucune tâche de gestion à proprement parler puisque tous les liens entre sites se font à l'insu du site central. Beaucoup de sites ont ainsi une page réservée à un tableau synoptique de liens thématiques, même en l'absence de webring. Heureusement, la gestion d'une page est une tâche qu'une personne peut accomplir, quel que soit le nombre astronomique de chemins possibles qui en découle au fil du temps pour le lecteur qui butine.

Conclusion: il est parfaitement vain de chercher à réaliser une vue d'ensemble complète d'un réseau de sites. On peut tout au plus réaliser une vue d'ensemble particulière qui se contente de grouper les connexions selon quelques thèmes majeurs (équivalents à des nerfs).


Liens

Machines à instruire

Clefs: 
énumération
gestion
grand nombre
intelligence artificielle
réseau

Retour / Séminaire informatique / Documents et information / Le lièvre de mer